VigiePlastic Méditerranée 2026 : Expédition MED boucle six semaines de veille scientifique en méditerranée.

Le 11 juillet 2026, le voilier-laboratoire Le Bonita larguait les amarres pour une nouvelle édition de la campagne VigiePlastic Méditerranée, avec un objectif clair : documenter, semaine après semaine, l’évolution d’une pollution devenue quasi invisible à l’œil nu, celle des microplastiques. Six semaines et plusieurs centaines de milles nautiques plus tard, l’expédition s’achève sur un bilan scientifique et humain dense, entre découvertes inédites, traversées exigeantes et mobilisation citoyenne.

Les premières semaines : le ton est donné

Dès les premiers jours de navigation, les équipes d’écovolontaires embarquées ont pu mesurer l’ampleur de leur mission. Les escales se sont enchaînées entre convivialité et rigueur scientifique :

Une première mondiale en Méditerranée : explorer la « zone grise » des microplastiques

Le fait marquant de ce début de campagne reste toutefois une innovation technique inédite. Jusqu’ici, l’étude des microplastiques en Méditerranée se concentrait sur deux compartiments bien identifiés : la surface, où flottent les déchets les plus visibles, et les fonds marins, où s’accumulent les particules les plus denses. Entre les deux subsistait une immense colonne d’eau, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, restée jusqu’alors quasiment inexplorée, une véritable « zone grise » scientifique, alors même qu’elle concentre le plancton, base de toute la chaîne alimentaire marine, ainsi que des dynamiques complexes de transport des particules.

https://www.expedition-med.org/actualites/une-premiere-en-mediterranee-le-manta-sous-marin/

Pour combler cet angle mort, l’équipe d’Expédition MED a conçu et fabriqué en interne un Manta sous-marin, dispositif de prélèvement télécommandé calibré sur le protocole du filet Manta de surface habituellement utilisé par l’association de l’ordre de 150 000 litres filtrés par trait mais capable, cette fois, d’échantillonner directement la colonne d’eau en profondeur. Déployé depuis Le Bonita, cet outil ouvre la voie à une véritable cartographie tridimensionnelle de la pollution plastique méditerranéenne, avec des retombées concrètes tant pour la recherche que pour les acteurs économiques et institutionnels.

Comme le résume Bruno Dumontet, président fondateur d’Expédition MED, l’association ne regarde désormais plus la pollution plastique à travers un seul prisme, mais en trois dimensions un projet qui illustre, de la conception à la fabrication puis aux tests en mer, ce qu’une ingénierie de terrain agile peut accomplir au service de la science participative.

Focus : la Posidonie, alliée insoupçonnée contre les microplastiques

Parmi les temps forts de la campagne figure une seconde découverte scientifique majeure, présentée dans un article dédié d’Expédition MED. L’association y révèle que les herbiers de Posidonia oceanica jouent un rôle jusque-là largement sous-estimé dans la dépollution de la Méditerranée. Au-delà de leurs fonctions déjà connues de protection du littoral et de stockage de carbone bleu, les herbiers exerceraient une troisième fonction écosystémique : le piégeage et l’exportation des microplastiques hors du milieu marin par le biais des pelotes de Posidonie, appelées aegagropiles.

Formées par l’action mécanique de la houle sur les feuilles mortes de posidonie, ces pelotes fibreuses s’échouent régulièrement sur les plages, où elles étaient jusqu’ici considérées comme un simple résidu végétal. Or, les travaux d’Expédition MED montrent qu’en s’agglomérant, elles agissent comme de véritables filtres mécaniques capables de capturer les particules plastiques en suspension avant d’être rejetées à terre lors des tempêtes un mécanisme naturel de dépollution jamais quantifié à cette échelle jusqu’alors.

Pour mesurer ce phénomène, l’association a développé le protocole POSIPLAST, décliné en plusieurs étapes : collecte des pelotes sur le terrain, micro-dissection brin par brin pour en extraire les microplastiques piégés, tri et caractérisation des particules selon la méthode déjà utilisée pour les prélèvements au filet Manta, puis implication directe des écovolontaires du Bonita dans ce travail de fourmi. Au total, 808 pelotes ont été collectées sur 86 sites répartis dans sept pays méditerranéens de zones très urbanisées comme Marseille ou Naples à des sites quasi vierges d’activité humaine comme le Mont Athos en Grèce, offrant ainsi un précieux point de comparaison. Une anecdote de terrain illustre d’ailleurs la porosité entre les deux compartiments étudiés : au large de La Spezia, en Italie, une pelote de Posidonie a été capturée pour la première fois dans le filet Manta, confirmant le lien entre déchets flottants en surface et particules piégées par la végétation sous-marine.

Les premiers résultats confirment que ces pelotes concentrent des microplastiques en quantités variables selon les zones, avec une prédilection pour les microfibres textiles et les fragments de plastique dur, et qu’en s’échouant sur les plages, elles participent activement à l’export d’une partie de cette pollution hors de l’eau.

Semaine 4 : de Gruissan aux Baléares, une pollution insaisissable

Partie du port de Gruissan le 1er août, l’équipe a mis le cap sur Collioure, où des vents contraires ont contraint le Bonita à un mouillage forcé dans la réserve marine, l’occasion d’observer une biodiversité locale remarquable. La traversée nocturne vers Majorque, marquée par le franchissement du cap de Creus, a livré son lot de surprises scientifiques : une méduse bioluminescente (Pelagia noctiluca) et un plancton d’une grande diversité se sont invités dans les filets lors de prélèvements de nuit.

Arrivée à Majorque le 4 août, l’équipe a été frappée par l’abondance de macrodéchets flottants principalement des films plastiques transparents contrastant paradoxalement avec de faibles concentrations en microplastiques lors des déploiements du filet manta. Un décalage qui illustre bien le caractère diffus et imprévisible de cette pollution selon les zones. Après avoir longé la côte nord-ouest de l’île, le Bonita a rallié Palma le 7 août, semaine marquée avant tout par la richesse des rencontres humaines à bord.

Le journal de bord de Léa

Semaine 5 : traversée exigeante et concentrations record

De Palma à Cagliari, en Sardaigne, cette avant-dernière étape a confirmé la présence significative de fragments plastiques dans la baie de Majorque dès le premier déploiement du manta. La remontée de la côte est, compliquée par du vent fort et de la houle, a mené l’équipe jusqu’à Minorque, contournée par le nord-ouest sous une chaleur extrême (ressenti de 53°C). Les prélèvements y ont révélé un nombre élevé de microplastiques.

L’échantillonnage contrasté de la baie de Maó, à l’est de l’île, a offert une illustration frappante de la variabilité spatiale de la pollution : un premier filet peu chargé en entrée de baie, suivi d’un second, en sortie, fortement concentré en particules et en algues. La traversée vers la Sardaigne a ensuite réservé une autre surprise : des concentrations élevées de microplastiques ont été mesurées y compris en pleine mer, loin de toute côte, démontrant que l’éloignement du littoral n’est pas un gage de préservation. Ce trajet fut également marqué par l’observation d’une éclipse solaire, moment suspendu resté gravé dans la mémoire de l’équipage, avant l’arrivée à Cagliari le 14 août.

Semaine 6 : le mot de la fin

Pour cette ultime étape, le Bonita a quitté les eaux sardes pour rallier son port d’attache, clôturant ainsi près de deux mois de navigation scientifique continue. Entre derniers déploiements du filet manta et du Manta sous-marin, dernières collectes de pelotes de Posidonie dans le cadre du protocole POSIPLAST, et transmission des observations de terrain, cette semaine de clôture a permis de consolider l’ensemble des données recueillies tout au long du parcours, avant le retour à quai et le début du long travail d’analyse en laboratoire.

Conclusion : six semaines pour mieux comprendre l’invisible

Au terme de cette sixième et dernière semaine, la campagne VigiePlastic Méditerranée 2026 aura permis de couvrir plusieurs centaines de milles nautiques, du littoral occitan aux côtes sardes en passant par les Baléares, tout en documentant une pollution microplastique aussi omniprésente qu’imprévisible : tantôt quasi absente en surface malgré une forte présence de macrodéchets, tantôt fortement concentrée en pleine mer, loin de toute source apparente.

Cette édition restera marquée par deux avancées scientifiques majeures

d’autre part, la mise en évidence, via le protocole POSIPLAST, du rôle de filtre naturel joué par les herbiers de Posidonie. Deux découvertes qui, ensemble, dessinent une vision plus complète et désormais tridimensionnelle de la pollution plastique en Méditerranée.

Au-delà des chiffres et des protocoles, cette campagne aura une nouvelle fois démontré la force du modèle porté par Expédition MED : une science citoyenne embarquée, où chercheurs, écovolontaires et partenaires techniques conjuguent leurs compétences au service d’une meilleure connaissance et, à terme, d’une meilleure protection de la Méditerranée.

Tous nos remerciements aux partenaires de « VigiePlastic Méditerranée 2026 

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