« Science citoyenne en action : comment Expédition MED révolutionne la détection des microplastiques en Méditerranée »
Expédition MED et les citoyens scientifiques : une publication scientifique pour une méthode innovante pour impliquer les citoyens dans la recherche scientifique.

Microplastiques dans l’environnement marin : développement d’un nouvel outil de science citoyenne
La pollution par les microplastiques est une menace majeure pour les écosystèmes marins, en particulier en Méditerranée, l’une des mers les plus polluées au monde. Pourtant, les méthodes traditionnelles de détection (comme la spectroscopie FTIR ou Raman) sont coûteuses, complexes et réservées aux laboratoires, limitant ainsi la participation des citoyens à la collecte des données.
Expédition MED, en collaboration avec des chercheurs de l’Université Bretagne Sud, Geo-Ocean, et le LIENSc, ont développés et testés une méthode pertinente : un protocole simple, peu coûteux et adaptable sur le terrain, permettant aux bénévoles de détecter et caractériser la nature des microplastiques avec une fiabilité acceptable.
Cette étude, publiée dans Marine Pollution Bulletin, marque une avancée majeure pour la science citoyenne et la lutte contre la pollution plastique en mer.
Un protocole accessible à tous

Jusqu’à présent, l’identification des microplastiques reposait sur des techniques de laboratoire coûteuses (FTIR, Raman, pyrolyse) ou des méthodes visuelles sujettes à des erreurs (jusqu’à 70 % de surestimation en l’absence de vérification). Avec cette nouvelle approche, Expédition MED et ses partenaires ont mis au point :
- Un support en céramique rose (pour une meilleure visibilité des particules transparentes et blanches).
- Une méthode de vérification thermique : en chauffant les échantillons à 200 °C pendant 20 minutes, les microplastiques (notamment le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP)) fondent, permettant de les distinguer des débris organiques ou minéraux (algues, coquillages, cristaux de sel, etc.).
- Un protocole standardisé pour un tri et une analyse rapide, même en mer ou sur le terrain.

Résultat : Un taux d’erreur réduit à 4,6 % en 2024 et 8,8 % en 2025 (contre 20 à 70 % sans vérification), prouvant que les citoyens peuvent produire des données fiables.
Une méthode testée et validée en conditions réelles
Cette innovation a été testée en deux temps :
- En laboratoire (2024) : Avec des échantillons collectés par le filet Manta d’Expédition MED en Méditerranée, les chercheurs ont validé que 95 % des particules identifiées par les bénévoles étaient bien des microplastiques.
- Sur le terrain (2025) : 39 bénévoles de toutes origines (associations, écoles, citoyens) ont appliqué le protocole à bord du navire Le Bonita lors de la campagne VigiePlastique Méditerranée 2025. Malgré des conditions parfois difficiles (vent, vagues), ils ont analysé 3 421 particules avec un taux d’erreur de seulement 8,8 %.

Le saviez-vous ?
- Les faux positifs (particules non plastiques mal identifiées) étaient souvent des fragments de Posidonie ou des cristaux de sel, très présents en Méditerranée.
- Les faux négatifs (microplastiques non détectés) ont pu être réduits grâce à une formation adaptée des bénévoles.
Une avancée pour la science participative
Cette étude démontre que la science citoyenne peut :
- Compléter les recherches traditionnelles en permettant un échantillonnage à grande échelle (zones sous-étudiées, pays du Sud de la Méditerranée).
- Réduire les délais : Contrairement aux analyses en laboratoire (qui peuvent prendre plusieurs années), cette méthode permet d’obtenir des résultats en temps réel (les données 2025 ont été publiées la même année !).
- Sensibiliser et mobiliser : Les bénévoles, en participant activement à la collecte et à l’analyse, comprennent mieux les enjeux de la pollution plastique et deviennent des ambassadeurs de la protection marine.
« Ce protocole permet aux citoyens de ne plus être de simples collecteurs, mais de devenir de véritables acteurs de la recherche. » Mikaël Kedzierski, co-auteur de l’étude et chercheur à l’Université Bretagne Sud
Des résultats concrets pour la Méditerranée
Grâce à cette méthode, Expédition MED a pu :
- Cartographier les points chauds de pollution en mer Tyrrhénienne, notamment près de la Corse (influencée par le gyre de Capraia, une zone d’accumulation des déchets) et des grandes villes côtières (Fiumicino, Bastia, Bonifacio).
- Confirmer la persistance des microplastiques dans des zones déjà identifiées comme polluées (ex : canal de Corse).
- Montrer que les concentrations varient selon les saisons et les courants, soulignant l’importance d’un suivi régulier.

Quelques chiffres clés :
- 0,9 ± 1,01 particules/m³ : Concentration moyenne de microplastiques (1–5 mm) en 2025 en mer Tyrrhénienne (supérieure aux études précédentes).
- 60 % des particules étaient des fragments, suivis des films (29 %) et des filaments (9 %).
- Transparent et blanc : Les couleurs les plus fréquentes, souvent confondues avec des débris naturels.
Expédition MED : un acteur clé de la science citoyenne
Un engagement sur le terrain : Depuis 2010, Expédition MED s’engage pour :

- Échantillonner les microplastiques en Méditerranée avec son filet Manta (surface) et désormais son Manta sous-marin (colonne d’eau).
- Former les citoyens à la collecte et à l’analyse, comme lors de la campagne VigiePlastique Méditerranée 2026.
- Collaborer avec des chercheurs pour développer des méthodes innovantes et accessibles.
Pour cette étude, l’association a :
- Collecté 19 échantillons en mer Tyrrhénienne avec l’aide de 28 bénévoles.
- Testé le protocole thermique en conditions réelles, prouvant son efficacité même en mer.
- Publié les résultats rapide, montrant que la science citoyenne peut être aussi efficace que rigoureuse.
Pourquoi c’est important pour l’avenir ?
- Pour la recherche :
- Cette méthode permet d’étendre la surveillance à des zones peu étudiées (ex : Sud de la Méditerranée)
- Elle complète les données des laboratoires en offrant une couverture spatiale et temporelle plus large.
- Cette méthode permet d’étendre la surveillance à des zones peu étudiées (ex : Sud de la Méditerranée)
- Pour les politiques publiques :
- Les données recueillies peuvent alimenter les débats sur la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) et le règlement PPWR (entré en vigueur le 12 août 2026).
- Elles aident à identifier les sources de pollution (tourisme, ports, courants marins) pour cibler les actions de solutions.
- Les données recueillies peuvent alimenter les débats sur la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) et le règlement PPWR (entré en vigueur le 12 août 2026).
- Pour les citoyens :
- S’impliquer concrètement dans la protection de la Méditerranée.
- Comprendre les enjeux de la pollution plastique et agir localement (réduction des déchets, nettoyages de plages, etc.).
- S’impliquer concrètement dans la protection de la Méditerranée.
Pour aller plus loin
- Lire l’étude complète (Briola et al., 2026) (en anglais)
- Lire la traduction de l’étude en Français
- Une première en Méditerranée : Le Manta sous marin
- Découvrir le protocole POSIPLAST : la Posidonie, piège à microplastiques
- En savoir plus sur la campagne VigiePlastique Méditerranée 2026
« La science citoyenne n’est pas seulement un outil pour collecter des données, c’est une manière de rendre la science accessible, inclusive et actionnable. Avec ce protocole, nous donnons à chacun les moyens de contribuer à la protection de notre planète. »
Bruno Dumontet, co-auteur et président fondateur d’Expédition MED
Tous nos remerciements aux partenaires de « VigiePlastic Méditerranée 2025 -2026 »
