Expédition MED lève le voile sur un service écosystémique inédit : la Posidonie, piège à microplastiques.

Quand la nature nettoie la Méditerranée,
la posidonie, une alliée insoupçonnée !

Expédition MED révèle un mécanisme naturel de dépollution : les herbiers de Posidonie (Posidonia oceanica) piègent et exportent les microplastiques via leurs pelotes (aégagropiles).

Grâce au protocole POSIPLAST, déployé dans le cadre de la campagne « VigiePlastique Méditerranée 2026 », nous quantifions pour la première fois ce service écosystémique majeur à l’échelle du bassin méditerranéen.

Les herbiers de Posidonie sont déjà connus pour leur rôle de protection des littoraux et de stockage de carbone bleu. Grâce au protocole « POSIPLAST », déployé dans le cadre de la campagne VigiePlastique Méditerranée 2026, Expédition MED met aujourd’hui en évidence un troisième service écosystémique, resté jusque-là largement sous-estimé : le piégeage et l’exportation des microplastiques hors du milieu marin, via les pelotes de Posidonie, ou aegagropiles.

Un écosystème multiservices, encore sous-estimé


Formées par l’action mécanique de la houle sur les bases de feuilles mortes de Posidonie, les aegagropiles s’échouent régulièrement sur les plages méditerranéennes, où elles sont le plus souvent perçues comme un simple résidu végétal. Les travaux menés par Expédition MED révèlent une tout autre réalité : en s’agglomérant sous forme de boules fibreuses, ces pelotes agissent comme de véritables filtres mécaniques, capables de capturer les particules plastiques en suspension dans la colonne d’eau avant d’être rejetées à terre lors des tempêtes.

La Posidonie ne se contente pas de fixer les sédiments et de stocker du carbone elle extrait physiquement une partie des microplastiques de la mer et les exporte vers le littoral, où ils peuvent être collectés, un mécanisme naturel de dépollution jusqu’ici jamais quantifié à cette échelle.

La Posidonie, un écosystème multiservices menacé

Reconnue pour son rôle dans la protection des littoraux et le stockage de carbone bleu, la Posidonie vient de révéler une troisième fonction clé : celle de filtre à microplastiques. Nos recherches montrent que ses pelotes, formées par l’action de la houle sur les herbes mortes, agissent comme des pièges mécaniques pour les particules synthétiques en suspension.

Une fois rejetées sur les plages lors des tempêtes, ces boules fibreuses (les pelotes) exportent des microplastiques hors du milieu marin, réduisant ainsi leur impact sur les écosystèmes.

« Ce mécanisme naturel pourrait inspirer des solutions d’éco-conception ou de gestion des déchets, en synergie avec la REP. »

POSIPLAST : un protocole scientifique inédit

Pour évaluer l’ampleur de ce phénomène, Expédition MED a mis au point un protocole standardisé en 4 étapes :

  1. Échantillonnage spatial :
    • 808 pelotes collectées sur 86 sites répartis dans 7 pays méditerranéens (France, Espagne, Italie, Tunisie, Chypre, Monténégro, Grèce).
    • Une répartition stratégique : des zones urbanisées (ex : Naples, Marseille) aux zones protégées (ex : Mont Athos, où les herbiers sont quasi vierges d’activité humaine).

  2. Préparation et micro-dissection : Chaque pelote est mesurée, puis décortiquée brin par brin à l’aide de pinces fines pour libérer les microplastiques emprisonnés dans la matrice végétale.


  3. Tri et caractérisation : Les microparticules et microfibres synthétiques sont isolées, comptabilisées, puis analysées selon la même méthode que celle utilisée pour les prélèvements en mer via le filet Manta (outils standard de surveillance des microplastiques
  1. Participation citoyenne :
    • Les écovolontaires à bord du navire Le Bonita contribuent activement à la caractérisation des particules.
    • Des navigateurs en année sabbatique participe également à la récolte de pelotes tout au long de leur périple en Méditerranée.

Caractérisation des pelotes de Posidonie à bord du Bonita
Immersion à bord du Bonita : nos écovolontaires s’attellent à la caractérisation des pelotes de Posidonie (aegagropiles), au cœur du protocole scientifique POSIPLAST.
Pince fine en main, chaque pelote est effilochée brin par brin, jusqu’à révéler les microfibres et fragments plastiques piégés dans sa matrice végétale. Échantillons étiquetés par site, micro-tubes pour isoler les particules, carnets de terrain toujours ouverts : la rigueur scientifique s’exerce ici en plein air, entre deux vagues.

Une science citoyenne, embarquée et engagée au service de la connaissance et de la protection de la Méditerranée.

Anecdote scientifique :

Lors d’un prélèvement de microplastique de surface à La Spezia (Italie), une pelote de Posidonie a été capturée pour la première fois dans notre filet Manta, confirmant le lien entre les déchets flottants et ceux piégés par la végétation sous-marine.

Des résultats prometteurs pour la Méditerranée

Les premiers résultats du protocole POSIPLAST confirment que :

Échange en visio avec Heike Molenaar, spécialiste des Posidonies

Depuis la cabine du Bonita, Heike Molenaar, spécialiste des herbiers de Posidonie et l’équipe d’Expédition MED partagent en direct avec plusieurs collecteurs de pelotes répartis tout autour du bassin méditerranéen.

Pelotes fraîchement récoltées et micro-tubes d’échantillons à portée de main, cet échange à distance illustre la dimension collective du protocole POSIPLAST : chercheurs, écovolontaires et collecteurs bénévoles, connectés depuis leurs différents points de collecte, confrontent leurs observations et harmonisent leurs pratiques de terrain pour une science aussi rigoureuse que partagée, à l’échelle de toute la Méditerranée.

Focus : Répartition géographique des échantillons récoltés actuellement

PaysNombre de sitesZones clés
France44Corse (20), Var (10), Alpes-Maritimes (7), etc.
Espagne9Région d’Alicante
Italie17Sicile (12), Sardaigne (2), Rome, Naples
Tunisie1Cap Bon
Chypre12Îles et côtes
Monténégro1Côtes adriatiques
Grèce*2Egina, Mont Athos (zone sacrée)*

*Cas d’étude unique : Le site du Mont Athos (Grèce), où les herbiers sont protégés par un statut monastique autonome, offre un témoin de référence pour évaluer l’impact de l’activité humaine sur la pollution plastique

Vers une synergie entre nature et réglementation

L’entrée en vigueur du PPWR et le renforcement de la REP soulignent l’urgence d’agir contre la pollution plastique. Les découvertes d’Expédition MED montrent que :

Vidéo : Le protocole de décorticage en action

« Posiplast » : la Posidonie, un piège naturel pour les microplastiques

Direction les fonds marins méditerranéens, puis le pont du Bonita, pour suivre le protocole POSIPLAST de bout en bout. Des herbiers de Posidonie qui ondulent sous l’eau… jusqu’aux mains expertes de nos écovolontaires : mesure au pied à coulisse, décorticage minutieux à la pince et au bistouri, extraction des microparticules piégées dans la matrice végétale, puis consignation rigoureuse des données sur le terrain.

Une science aussi précise qu’embarquée, au service de la connaissance de la Méditerranée.

« Ce processus naturel pourrait- il être intégré aux stratégies de dépollution, en complément des actions humaines. ? » :

les résultats de l’étude permettront d’apporter des premières informations pour répondre à cette question !

A la suite  :

La carte interactive des sites d’échantillonnage

Le rapport préliminaire POSIPLAST

Galerie photos :

https://edu.ui.ac.id/-/