Une première en Méditerranée : le Manta sous-marin
Expédition MED déploie son Manta sous-marin pour explorer la « zone grise » des microplastiques.
Dans le cadre de sa campagne « VigiePlastique Méditerranée 2026 », Expédition MED vient de réaliser une première mondiale en Méditerranée : le déploiement d’un Manta sous-marin pour échantillonner les microplastiques dans la colonne d’eau.
Cet outil innovant, télécommandé depuis le navire « Le Bonita », a la possibilité de descendre jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, et permet d’explorer une zone encore méconnue : la « zone grise », située entre la surface et les fonds marins, où les microplastiques s’accumulent et interagissent avec les écosystèmes.

Grâce à ce dispositif, nous pouvons désormais filtrer des volumes d’eau comparables à ceux du Manta de surface, offrant des données inédites pour mieux comprendre la répartition de la pollution plastique de profondeur en Méditerranée.
Pourquoi explorer la « zone grise » ? Une lacune scientifique majeure
Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des études sur les microplastiques en mer se concentraient sur :

- La surface (via des filets Manta classiques), où flottent les déchets les plus visibles.
- Les fonds marins, où s’accumulent les particules les plus denses.
Mais entre ces deux zones, la colonne d’eau intermédiaire (de 0 à 100 mètres de profondeur) reste peu étudiée, alors qu’elle abrite :
- Une biodiversité riche (plancton, larves de poissons, méduses, etc.).
- Des courants et turbulences qui transportent et dispersent les microplastiques.
- Des interactions complexes entre les polluants et les organismes marins.

Problème :
Sans données sur cette « zone grise », notre compréhension de la pollution plastique en Méditerranée est incomplète.
Les microplastiques : une menace invisible mais omniprésente
Les microplastiques (particules de moins de 5 mm) représentent 92 % des déchets plastiques en mer Méditerranée (source : UICN),
et ils proviennent :
- De l’usure et de la fragmentation de déchets plus grands (emballages, sacs, bouteilles, etc.).
- Des fibres textiles (lavage des vêtements synthétiques) et des particules d’usure des pneus.
- Des microbilles (cosmétiques, peintures).
- Des poussières industrielles…

Une fois dans l’eau, ces particules :
- Flottent en surface (pour les moins denses).
- Coulent vers les fonds (pour les plus denses).
- Restent en suspension dans la colonne d’eau, où elles sont ingérées par le plancton et les poissons, entrant ainsi dans la chaîne alimentaire.
Question clé : Où se concentrent-elles exactement dans la colonne d’eau ?
Le Manta sous-marin d’Expédition MED pourra apporter une réponse concrète et les premiers échantillons ont déjà été prélevés dans le cadre de la campagne VigiPlastic Méditerranée 2026.
Le Manta sous-marin : un outil innovant
Conception et fonctionnement : Le Manta sous-marin d’Expédition MED est une adaptation du filet Manta classique, spécialement conçu pour :
- Échantillonner à différents étages de la colonne d’eau (à des profondeurs stratégiques à définir pour capturer les microplastiques en suspension).
- Être télécommandé depuis le pont du navire Le Bonita, via un ombilical et un câble de traction électrique.
- Ouvrir et fermer sa « bouche » (l’ouverture du filet) à distance, pour un prélèvement précis et contrôlé.
- Filtrer des volumes d’eau comparables à ceux du Manta de surface (environ 30 minutes de trait par échantillon), garantissant des données fiables et comparables.
- Produire des données physico-chimiques de profondeur
Innovation majeure : Contrairement aux autres prélèvements déjà réalisés dans la colonne d’eau, le Manta sous-marin d’Expédition MED travaille à l’horizontale, comme son homologue de surface, ce qui permet une meilleure représentativité des échantillons avec un volume d’eau filtré conséquent.
Pourquoi prélever des échantillons en profondeur ?
Le choix n’est pas anodin :
- Zone de mélange : C’est en profondeur où les courants de surface (influencés par le vent) et les courants profonds (plus stables) se rencontrent, créant une dynamique de transport des particules.
- Habitat clé : Cette zone abrite une grande partie du plancton (base de la chaîne alimentaire marine), qui peut ingérer des microplastiques.
- Éviter les biais :
- En surface, les échantillons peuvent être contaminés par des déchets flottants (macroplastiques).
- Plus profond, les particules se sédimentent et deviennent moins accessibles.
- A cette profondeur, on capture les microplastiques en suspension active, là où ils interagissent le plus avec la vie marine.
Des données comparables et scientifiquement robustes
L’un des défis majeurs en recherche sur les microplastiques est la comparabilité des données.

Avec le Manta sous-marin :
- Même volume d’eau filtré que le Manta de surface (environ 150 m³ par trait soit environ 150.000 litres).
- Même méthode de collecte (trait horizontal, durée standardisée), avec actuellement un filet de maille à 200 microns.
- Même protocole d’analyse en laboratoire (tri, identification, comptage des particules).
Résultat, nous pourrons désormais comparer directement la concentration de microplastiques :
- En surface (Manta classique).
- En profondeur (Manta sous-marin).
- Dans les pelotes de Posidonie (protocole POSIPLAST, article à venir).
Cette approche multi-niveau nous permettra de cartographier la pollution plastique en 3D en Méditerranée.
Les échantillons seront analysés en laboratoire et les premières données auront des implications :
- Pour la science :
- Meilleure compréhension de la distribution verticale des microplastiques.
- Identification des zones d’accumulation (« hotspots ») dans la colonne d’eau.
- Évaluation de l’impact sur la biodiversité (plancton, poissons, etc.).
- Pour les politiques publiques :
- Renforcement de la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) : les données du Manta sous-marin peuvent alimenter les débats sur la réglementation des plastiques.
- Sensibilisation : montrer que la pollution plastique ne se limite pas à la surface, mais affecte toute la colonne d’eau.
- Pour l’industrie et les citoyens :
- Pression sur les producteurs de plastique pour réduire les émissions (emballages, textiles synthétiques, etc.).
- Mobilisation citoyenne avec la participation des écovolontaires d’Expédition MED à ces campagnes de prélèvement.
« Avec le Manta sous-marin, nous ne regardons plus la pollution plastique à travers un seul prisme, mais en 3D.
Nous pouvons avoir de nouvelles connaissances et comprendre comment se dispersent les microplastiques dans
cette zone grise …», Bruno Dumontet.
Remerciements
Ce projet n’aurait pu voir le jour sans l’engagement et le savoir-faire de plusieurs personnes que nous tenons à remercier chaleureusement.
Bruno Dumontet, président fondateur d’Expédition MED, est à l’origine de la conception du Manta sous-marin et a assuré la coordination d’ensemble du programme de réalisation.
Jérôme Aygat, ingénieur et bénévole actif d’Expédition MED, a accompagné le projet jusqu’à sa concrétisation. Il a notamment permis la réalisation du premier prototype avec les étudiants de son école d’ingénieurs de Tarbes, et a suivi avec constance chaque étape du développement du programme.
Jean -Baptiste Loiselet, dit « Baptistou », ingénieur et spécialiste de drones sous-marins, a mis son ingéniosité au service du projet à travers la conception du système électronique et des câblages. Ses solutions techniques et inventives, tout comme ses tutoriels vidéo, se sont révélés précieux pour la réalisation du projet.
Jérémy Mansuy, docteur en océanographie et artisan métallier, bénévole chez Expédition MED, a mis son ingéniosité et son savoir-faire artisanal au service de la fabrication du Manta sous-marin, jusqu’à sa gravure aux couleurs de l’association.
Giulio Cesare Giua, capitaine du Bonita, navire-laboratoire d’Expédition MED, pour l’adaptation technique du Manta sous-marin au bateau, tout en apportant ses conseils précieux pour garantir la sécurité des opérations en mer.
Nicolas Gosset, Ana Luzia Lacerda et Heike Molenaar, coordinateurs scientifiques d’Expédition MED, ont assuré les tests et la mise en place du protocole du Manta sous-marin, avec l’assistance de Solène Amand, (stagiaire ingénieur) que nous remercions également pour son concours.
Les assistants scientifiques et les éco-volontaires présents lors des premiers prélèvements sont également remerciés pour leur implication et leur contribution précieuse à la validation du dispositif dans ses conditions réelles d’utilisation.








Tous nos remerciements aux partenaires de « VigiePlastic Méditerranée 2026 »
