VigiPlastic Méditerranée 2026 : le LNE apporte son expertise scientifique en mer

Le laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) a apporté son expertise à Expédition MED en délégant deux collaboratrices du Pôle Métrologie Chimie et Biologie, Enrica Alasonati et Gaëlle Capitaine lors de la campagne VigiePlastic Méditerranée 2026.

Ci-dessous la transcription intégrale du journal de bord d’Enrica Alasonati, chercheuse du LNE en Méditerranée, suivi du compte-rendu du LNE sur leur contribution, publié sur LinkedIn en août 2026.

1 – Journal de bord d’Enrica Alasonati, chercheuse en Méditerranée

Dans le cadre d’un partenariat avec Expédition MED, deux collaboratrices du Pôle Métrologie Chimie et Biologie du LNE, Enrica Alasonati et Gaëlle Capitaine, ont largué les amarres à bord du Bonita.

L’objectif de l’expédition VigiePlastic ? Collecter des données dans l’eau de mer pour l’analyse des microplastiques ainsi que procéder à des mesures physico-chimiques.
Le LNE vous propose de découvrir leur récit de l’expédition à travers leur journal de bord. La première partie du voyage nous est contée par Enrica.

Vendredi 17 Juillet, Paris Gare de Lyon

Prêtes au départ, dans nos valises l’équipement de laboratoire nécessaire à la mission.

L’un de nos objectifs est de réaliser cette mission en privilégiant des moyens de transport à faible empreinte carbone.

Pour cela, nous avons choisi de ne pas prendre l’avion et de rejoindre notre point d’embarquement en train, via Milan puis Pise.

Le « Bonita » nous attend à la Marina de Pise.

Samedi 18 Juillet

Rencontre avec les 17 membres de l’Expédition MED : Bruno Dumontet, fondateur d’Expédition MED, chef d’expédition, Giulio, le capitaine du voilier ainsi que les scientifiques et les éco-volontaires.

Deux journalistes de France Télévisions nous accompagnent également au début de l’expédition. Ils bravent la houle pour filmer les opérations d’échantillonnage, les analyses et la vie à bord.

La vie à bord

C’est ensuite l’immersion dans l’univers d’Expedition MED notamment l’échantillonnage au filet Manta, ce qui implique une série d’opérations à réaliser en équipe pour mettre le filet à l’eau et le récupérer. Le protocole est rigoureux : pour chaque échantillonnage, nous désignons un chef d’orchestre, un maître du temps, ainsi que des responsables pour les différentes tâches : prélèvement, filtration, tri des plastiques par taille, forme et couleur, mesure des paramètres physico-chimiques de l’eau et des paramètres de navigation.

Certains protocoles sont parfaitement maîtrisés et déployés depuis des années ; d’autres sont encore en phase d’évaluation ou de développement.

Notre paillasse, c’est aussi notre table à manger, notre lieu de rencontre, de discussions philosophiques… et même le lieu de projection de la petite finale France–Angleterre de la Coupe du monde, puis de la finale Espagne–Argentine !

Beaucoup d’émotions, au rythme des vagues et d’une houle qui ne nous abandonne jamais vraiment.

Mardi 21 Juillet, port de Gênes

Mon aventure se termine aujourd’hui, mardi 21 juillet. Le Bonita débarque Bruno et moi au port de Gênes.

Le reste de l’équipe met le cap sur Nice, et la suite de l’histoire sera racontée par Gaëlle.

Questions à Enrica en fin d’expédition

Qu’est-ce que cette mission vous a apporté dans vos recherches ? Qu’avez-vous apporté aux autres scientifiques présents ?

Enrica : « L’échantillonnage, première étape et maillon essentiel de la chaîne de mesure, intervient en amont et peut parfois rester déconnecté du monde de l’analyse en laboratoire. Pourtant, il n’existe pas de meilleure façon d’en comprendre les enjeux et les difficultés que de se rendre sur le terrain et de participer directement aux opérations. Cette immersion permet de prendre pleinement conscience des contraintes pratiques qui conditionnent la qualité des échantillons : le temps disponible, l’espace de travail limité, les mouvements du bateau, les conditions météorologiques, les exigences de sécurité des opérateurs, les conditions de stockage et de transport des échantillons. En développant des stratégies validées d’échantillonnage, de préparation des échantillons et des approches d’étalonnage couvrant l’ensemble de la chaîne de mesure, nous contribuons à l’établissement d’un cadre métrologique européen harmonisé garantissant des données fiables, traçables et comparables entre laboratoires. Ces avancées soutiennent directement la mise en œuvre d’une surveillance de niveau réglementaire et d’évaluations robustes des risques, favorisant l’élaboration de politiques publiques fondées sur des preuves scientifiques. »

Qu’est-ce que vous retiendrez d’un point de vue personnel de cette mission ?

« Nous avons réalisé certaines opérations d’échantillonnage dans des conditions difficiles en raison de la houle. C’est par là qu’a vraiment commencé notre aventure : le corps devait s’adapter à ce mouvement permanent. Il a fait aussi très chaud, ce qui n’aidait pas à s’acclimater ! Mais au-delà des aspects de vie à bord, des aspects scientifiques et techniques, ces campagnes sont aussi l’occasion de renouer avec le milieu naturel que nous cherchons à protéger. Elles nous rappellent le sens de notre travail, renforcent notre engagement face aux défis environnementaux et donnent une dimension très concrète aux enjeux que nous étudions chaque jour en laboratoire. »

2 – Le compte-rendu du LNE

Le LNE est fier d’avoir contribué au programme VigiePlastic Méditérannée 2026 ! Pendant une semaine Gaëlle Capitaine et Enrica Alasonati ont embarqué sur le Bonita afin de participer à l’expédition menée par l’association Expédition MED. Créé en 2009, le programme VigiPlastic Méditérannée a pour objectifs l’amélioration des connaissances sur la pollution par les déchets plastiques en mer.

Lors de cette expédition, le LNE a apporté son expertise sur deux opérations :

Analyse des microplastiques

Nos expertes ont évalué les conditions de mise en œuvre de nouvelles stratégies d’échantillonnage des microplastiques en milieu marin, avec un intérêt particulier pour les particules de petite taille (de l’ordre du micromètre et au-dessous).
Des essais préliminaires de filtration sous vide ont été réalisés à bord en utilisant le réseau de pompage du voilier et différents types de filtres, afin d’évaluer la faisabilité technique de ces approches en conditions réelles.
Les échantillons collectés seront analysés par spectroscopie vibrationnelle, tandis que des prélèvements réalisés au filet Manta serviront au développement d’une nouvelle méthodologie d’analyse des microplastiques dans l’eau de mer par pyrolyse-GC/MS au sein du Pôle Environnement et Changement climatique du LNE.

Mesures physico-chimiques

Nos expertes ont réalisé l’étalonnage des sondes de température et de salinité à bord du navire. Ces paramètres ont une influence sur la dégradation et/ou la dispersion des microplastiques dans la colonne d’eau, il est donc essentiel de pouvoir les suivre de façon fiable.
Grâce à des sondes emmenées à bord, la possibilité de pouvoir suivre d’autres paramètres comme le pH et l’oxygène dissous a également été étudiée. Enfin, différents tests ont été réalisés afin de proposer des améliorations des protocoles d’échantillonnages pour les paramètres physico-chimiques.
Cette mission a permis d’accompagner les équipes d’Expédition MED sur les bonnes pratiques de mesures, tout en proposant des améliorations qui tiennent compte de toutes les contraintes que peut représenter le fait de faire des mesures en mer.

Prochaine étape : poursuivre ces travaux en 2027, dans le cadre d’un financement et d’un projet commun dédiés, en disposant de davantage de temps pour développer et valider une méthodologie d’échantillonnage adaptée aux microplastiques de petite taille.
Un accompagnement sur le déploiement de nouvelles sondes pour les paramètres physico-chimiques, adaptées aux besoins et contraintes, sera également réalisé.

Un grand merci aux équipes de Expédition MED pour leur accueil !

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