« VigiePlastic Méditerranée 2026 », comprendre l’évolution de l’invisible pollution microplastique.
Expédition MED lève le voile sur une pollution microplastique en mutation
Samedi 11 juillet 2026, notre voilier-laboratoire « Le Bonita » a quitté le port de Tecnomar à Fiumicino, près de Rome, marquant le coup d’envoi de la 16ᵉ campagne VigiePlastic Méditerranée menée par l’association Expédition MED.

Jusqu’au 21 août, cette mission scientifique va sillonner la Méditerranée, de la Corse au golfe de Gênes, en passant par les côtes françaises, avec des escales à Saint Laurent du Var puis jusqu’à Gruissan, avant de mettre le cap sur les Baléares et la Sardaigne.

L’objectif :
Identifier les zones de concentration majeure en microplastiques et comprendre les mécanismes de leur formation, tout en assurant un suivi inédit de l’évolution de la pollution sur des points stratégiques déjà étudiés les années précédentes.
Des premiers chiffres qui interpellent : une pollution omniprésente et variable
Les premiers résultats de la campagne sont édifiants.
Sur les trois premiers échantillons analysés, les concentrations de particules microplastiques (de taille supérieure à 1 mm) varient considérablement :
- Échantillon 1 : 140 particules comptées, soit 100 000 particules/km² (0,8 particule/m³).
- Échantillon 2 : 366 particules comptées, soit 291 000 particules/km² (2,3 particules/m³).
- Échantillon 3 : 603 particules comptées, soit 639 000 particules/km² (5,1 particules/m³).
La moyenne s’établit à 370 particules comptées, soit 343 000 particules/km² (2,7 particules/m³). L’échantillon 3, avec plus de 500 000 particules/km², est déjà considéré comme fortement pollué, confirmant les craintes des scientifiques. Ces données, bien que préoccupantes, ne sont pas isolées : en 2024, une concentration record de 2 millions de particules/km² avait été mesurée au large du cap Corse, une zone désormais sous haute surveillance.
Le cap Corse, un laboratoire à ciel ouvert pour étudier les tourbillons
La première semaine de la campagne, achevée le 17 juillet à Pise, a été marquée par un effort d’échantillonnage sans précédent : plus de 20 prélèvements ont été réalisés, un record pour Expédition MED. parmi eux, une attention particulière a été portée sur la zone du cap Corse, où un tourbillon méditerranéen (ou eddy) se forme sous l’effet des vents et des courants.

Ces phénomènes, à mésoéchelle (de quelques dizaines à centaines de kilomètres), pourraient jouer un rôle clé dans la concentration des déchets plastiques en surface.

Pour le vérifier, deux transects
(des séries de prélèvements le long de lignes droites) ont été réalisés :
- Un premier d’ouest en est, entre le cap Corse et l’île toscane de Capraia.
- Un second du sud au nord, depuis Capraia jusqu’à la latitude 43°32’N, avant de rejoindre Pise.
Les résultats de cette première semaine confirment une omniprésence des microplastiques dans tous les filets déployés. Les concentrations les plus élevées (entre 103 000 et 175 000 particules/km²) ont été observées au large du cap Corse. Pourtant, ces chiffres, bien qu’alarmants, restent inférieurs à ceux enregistrés les années précédentes dans cette même zone. Une observation qui souligne le caractère imprévisible et intermittent de la pollution plastique : une zone peut être extrêmement polluée à un instant T, puis voir sa concentration chuter brutalement, avant que la pollution ne réapparaisse plus tard.
Une première : l’estuaire de l’Arno sous la loupe
Autre innovation de cette campagne : des prélèvements inédits dans l’estuaire de l’Arno, un fleuve de 241 km qui traverse des villes emblématiques comme Pise, Empoli et Florence. Le Bonita a même remonté le fleuve sur 3 km pour y réaliser des échantillonnages, ainsi qu’à la sortie de l’estuaire.

Ces données permettront d’étudier l’impact des fleuves dans la dispersion des microplastiques en mer, un enjeu majeur pour comprendre les sources terrestres de la pollution marine.
Golfe de La Spezia : Expédition MED explore un hotspot méconnu de la pollution microplastique
Des prélèvements ciblés dans le golfe de La Spezia, une zone stratégique encore peu étudiée pour sa concentration en microplastiques. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de cartographier les points chauds de pollution et de comprendre les dynamiques locales qui favorisent l’accumulation de ces particules invisibles mais omniprésentes !
Le golfe de La Spezia, situé en Ligurie (nord-ouest de l’Italie), est un écosystème complexe marqué par :
- Un trafic maritime intense : port commercial et militaire, croisières, pêche.
- Une industrialisation historique : chantiers navals, activités pétrochimiques.
- Des courants spécifiques : la configuration géographique du golfe favorise la rétention des déchets en surface.

Ces facteurs en font une zone idéale pour étudier l’impact des activités humaines sur la pollution plastique. Les scientifiques d’Expédition MED cherchent à déterminer si le golfe agit comme un piège à microplastiques, similaires aux tourbillons observés au large du cap Corse.
Des prélèvements pour combler un vide scientifique. Jusqu’à présent, peu d’études se sont concentrées sur le golfe de La Spezia, malgré son potentiel de pollution élevé. Grâce à des transects méthodiques (lignes de prélèvements au filet manta), l’équipe a collecté des échantillons à différents points du golfe, notamment :
- En surface, pour évaluer la concentration actuelle.
- À proximité des zones industrielles et portuaires, pour identifier les sources locales.
- En sortie de golfe, pour analyser la dispersion vers la mer ouverte.
Les premiers résultats, encore en cours d’analyse, pourraient révéler des concentrations comparables à celles des zones déjà identifiées comme critiques (comme le cap Corse ou l’estuaire de l’Arno).
Une pièce supplémentaire du puzzle méditerranéen
En ajoutant le golfe de La Spezia à sa carte des zones échantillonnées, Expédition MED renforce sa base de données unique sur la pollution microplastique en Méditerranée.
Ces données permettront de :
✔ Comparer les niveaux de pollution entre zones industrielles (La Spezia), touristiques (Baléares) et naturelles (cap Corse).
✔ Corréler les concentrations avec les activités humaines (trafic maritime, rejets industriels).
✔ Anticiper les risques pour les écosystèmes locaux, comme les herbiers de posidonie ou les réserves marines voisines.
« Chaque golfe, chaque courant, chaque échantillon nous rapproche d’une compréhension globale. La Méditerranée a besoin de données précises pour agir efficacement. »
Une aventure scientifique et humaine

Cette campagne n’aurait pas été possible sans l’engagement des écovolontaires embarqués à bord du navire d4Expédition MED.
Leur participation permet non seulement de multiplier les prélèvements, mais aussi de former une nouvelle génération de citoyens scientifiques, conscients des enjeux environnementaux.
Alors que Expédition MED poursuit sa navigation vers la France, les Baléares et la Sardaigne, une question reste en suspens :
les concentrations observées cette année sont-elles le signe d’une amélioration, ou simplement le calme avant la tempête ?
Une chose est sûre : la Méditerranée a besoin de nous, et chaque donnée compte.
Galerie photos :


























