Une cartographie interactive inédite de 16 ans de surveillance de la pollution plastique en Méditerranée.

Une base de données unique, librement accessible, pour visualiser l’étendue de la contamination plastique depuis les rivières jusqu’au cœur de la mer, côte à côte avec des données scientifiques accumulées depuis 2012.

Depuis sa création en 2009, Expédition MED parcourt inlassablement la Méditerranée pour en mesurer, comprendre et documenter la pollution plastique. Seize campagnes scientifiques, plus de 100 000 kilomètres de navigation, 2 500 prélèvements et des dizaines de milliers d’échantillons analysés : derrière ces chiffres, une conviction profonde que la donnée scientifique ne vaut que si elle circule, interpelle et mobilise. C’est dans cet esprit qu’Expédition MED rend aujourd’hui publique une plateforme cartographique interactive inédite, accessible librement sur le site d’expédition MED. Pour la première fois, l’intégralité de ces données de terrain — mer, côtes, rivières — est réunie en un outil unique, visuel et interactif, ouvert à tous : chercheurs, décideurs, enseignants, journalistes et simples citoyens.

Une architecture en trois cartes pour couvrir l’ensemble du cycle plastique

La plateforme s’organise autour de trois entrées thématiques complémentaires, qui ensemble dressent un portrait inédit et multidimensionnel des activités d’Expédition MED sur la pollution plastique, et particulièrement en Méditerranée.

La carte de la mer Méditerranée constitue le cœur du dispositif. Elle agrège plus d’une décennie de campagnes scientifiques, des premières sorties en 2012 jusqu’aux deux campagnes distinctes réalisées dans les fleuves et rivières de la Région SUD au printemps et en automne 2025.

L’utilisateur peut filtrer les données par année et par type de protocole : filet Manta pour la quantification des microplastiques de surface, programme A2QUA, données planctoniques issues du partenariat avec le Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (LOV), suivi de la Plastisphère, ces communautés microbiennes colonisant les fragments plastiques flottants, observations de cétacés et collecte d’insectes marins.

La taille de chaque point sur la carte est proportionnelle à la concentration de microplastiques mesurée, exprimée en nombre de particules par km², avec une échelle allant de 10 000 à plus d’un million d’items par km². Ce langage visuel immédiat permet d’identifier d’un seul regard les zones d’accumulation critique principalement situées autour des fronts hydrodynamiques et des gyres qui concentrent les débris en surface et de suivre leur évolution au fil des années.

Une vue globale présente simultanément toutes les campagnes ; des vues spécifiques permettent d’isoler chaque année pour analyser les tendances et les variations saisonnières, comme l’illustre le dédoublement des campagnes 2025 en sessions printanière et automnale.

La carte des déchets côtiers documente les relevés réalisés sur les plages et les littoraux atlantiques en 2012. Ces données côtières, collectées selon des protocoles standardisés, contribuent à affiner la compréhension des flux de pollution et à identifier les sources locales prioritaires.

La carte des prélèvements réalisés dans les rivières de la Région SUD, complète enfin le tableau en localisant les prélèvements effectués dans les cours d’eau qui se jettent en Méditerranée. Elle éclaire une dimension souvent sous-estimée du problème : les rivières sont l’un des vecteurs principaux par lesquels les plastiques terrestres rejoignent la mer. En cartographiant ces flux d’apport fluvial, Expédition MED propose une vision véritablement systémique de la pollution plastique, du continent jusqu’au large.

16 ans de science participative condensés en un outil citoyen

Ce qui rend cette plateforme singulière, c’est la nature même des données qu’elle restitue. Chaque point sur la carte n’est pas le résultat d’une modélisation théorique ou d’une extrapolation satellite : c’est un prélèvement réel, effectué à un endroit précis de la Méditerranée, à une date précise, par une équipe embarquée à bord du Bonita. Derrière chacun de ces points, il y a des marins, des scientifiques, mais aussi des éco-volontaires, environ 200 au total depuis le début des campagnes qui ont mouillé le filet Manta, trié les fragments sous la loupe, consigné les données dans un cahier de bord balancé par les vagues.

La cartographie est donc aussi le visage numérique d’une science profondément humaine et participative, construite collectivement au fil des expéditions.

Cette richesse se lit dans la diversité des protocoles représentés. Le filet Manta, qui filtre les 20 premiers centimètres de la surface d’eau sur des distances pouvant atteindre plusieurs kilomètres, reste le protocole central. Mais les données LOV-Plancton permettent de croiser les concentrations de microplastiques avec les observations sur le zooplancton, interrogeant ainsi les dynamiques d’ingestion par la chaîne trophique. Le suivi de la Plastisphère ouvre quant à lui une fenêtre sur la dimension microbiologique du problème : les plastiques en mer ne sont pas des surfaces inertes, mais des substrats colonisés par des communautés microbiennes spécifiques dont les effets écologiques restent encore largement à élucider. Les données sur les cétacés et les insectes marins, plus rares mais précieuses, complètent ce tableau en y ajoutant une dimension faunistique.

Une plateforme vivante, enrichie campagne après campagne

En rendant ces données librement accessibles et visuellement lisibles, Expédition MED franchit une étape décisive dans sa mission de sensibilisation et de plaidoyer. Car si la Méditerranée est la mer la plus polluée au monde, avec 730 tonnes de plastiques déversées chaque jour, encore faut-il pouvoir le démontrer avec des preuves tangibles, géolocalisées et évolutives dans le temps.

Cette cartographie est précisément cet outil de preuve : elle transforme des années de travail scientifique en une réalité visible, comparable, incontestable.

Pour les décideurs politiques, elle offre une base factuelle pour orienter les politiques de réduction des déchets plastiques, identifier les zones prioritaires d’intervention et évaluer l’impact des mesures engagées. Pour les chercheurs et les universités, elle constitue une ressource ouverte permettant de croiser les données d’Expédition MED avec d’autres jeux de données environnementales. Pour les enseignants et les médiateurs scientifiques, elle fournit un support pédagogique concret, capable de faire ressentir l’ampleur du problème là où les chiffres seuls ne suffisent pas toujours à convaincre. Et pour le grand public, elle offre quelque chose de rare : la possibilité de se situer, de zoomer sur son coin de côte, de mesurer ce qui se passe au large de sa plage préférée.

Une plateforme vivante, enrichie campagne après campagne

Cette cartographie n’est pas une archive figée : elle est vivante. Chaque nouvelle campagne vient l’enrichir, chaque nouvelle saison de prélèvements y ajoute une couche de compréhension supplémentaire.

La mise en ligne intervient à quelques semaines du départ de la 16ème campagne VigiePlastic Méditerranée 2026, qui parcourra cet été les eaux de la Méditerranée occidentale de Fiumicino à Cagliari, en menant simultanément les programmes MICROPLAST, POSIPLAST et Colonne d’eau. Les données recueillies viendront alimenter la plateforme dès leur traitement, prolongeant un effort de documentation scientifique sans équivalent à l’échelle du bassin méditerranéen.

En seize ans, Expédition MED a accumulé un patrimoine scientifique rare et aujourd’hui, elle choisit de le partager.

👉 Accéder aux cartes interactives : www.expedition-med.org/cartes-des-prelevements

https://edu.ui.ac.id/-/