Les pelotes de posidonie, alliées insoupçonnées contre la pollution plastique en Méditerranée

Un mécanisme naturel de dépollution menacé

La Méditerranée étouffe sous les déchets plastiques. Chaque année, 600 000 tonnes de plastiques y sont déversées, soit près de 10 % de la pollution mondiale (Rapport WWF, 2024)*. Pourtant, un allié méconnu lutte discrètement contre cette marée de déchets : les pelotes de posidonie (aegagropiles), ces amas de fibres végétales formés naturellement par les herbiers de Posidonia oceanica, une plante marine endémique de la région.

Plus surprenant encore : elles capturent des plastiques plus denses que l’eau (comme le PET ou le PVC), qui s’accumulent normalement dans les herbiers sous-marins. Un processus naturel de dépollution qui, sans intervention humaine, ramène ces déchets vers les côtes, où ils peuvent être collectés.

Pourtant, ce service écosystémique est en danger. 50 % des herbiers de posidonie ont disparu depuis 1960 (Sanchez-Vidal et al., 2021)*, victimes de l’urbanisation côtière, de l’ancrage des bateaux et du réchauffement climatique. Une perte alarmante, alors que ces écosystèmes abritent 25 % de la biodiversité méditerranéenne (Lefebvre et al., 2023).

Une étude récente publiée dans Frontiers in Marine Science (2025)* révèle que ces pelotes, rejetées sur les plages par les vagues, piègent jusqu’à 1 470 morceaux de plastique par kilogramme, principalement des microplastiques (PE, PP, PA) et des filaments synthétiques.

POSIPLAST : un programme pour comprendre et protéger

Face à ce constat, Expédition MED développe POSIPLAST, un programme de recherche ambitieux pour étudier le rôle des pelotes de posidonie dans la lutte contre la pollution plastique avec plusieurs objectifs :

Les pelotes agissent-elles comme des pièges définitifs ou libèrent-elles les microplastiques après un certain temps ?
Les premières analyses suggèrent que les plastiques restent prisonniers des fibres de cellulose, mais leur dégradation à long terme reste mal connue. « Il est crucial de savoir si ces pelotes stockent durablement les plastiques ou si elles les relarguent, par exemple sous l’effet des UV ou de l’érosion », explique un chercheur d4Expédition MED.

Les microplastiques piégés ont-ils un effet sur les herbiers ou la faune associée (crustacés, poissons, micro-organismes) ?
Une étude de Menegoni Pietrelli (2026) *montre que les posidonies exposées à des concentrations élevées de microplastiques voient leur croissance ralentie.

Les pelotes pourraient devenir un indicateur naturel de la pollution plastique. En les analysant, Expédition MED espèrent cartographier les zones les plus touchées et adapter les stratégies de nettoyage. « Une plage avec des pelotes chargées en plastiques est un signal d’alerte : il y a la possibilité d’une source de pollution à proximité » !

Expédition MED mise sur la mobilisation de son réseau pour repérer et collecter des pelotes qui seront ensuite analysés selon un protocole adapté (séchage, pesée, analyse des microplastiques).

Des résultats attendus pour 2027

Les premières campagnes de récolte et de caractérisation auront lieu lors de la campagne « VigiePlastic Méditerranée 2026 »

« Si nous confirmons que les pelotes sont des pièges efficaces et durables, nous pourrons plaider pour leur intégration dans les politiques de gestion des déchets », déclare Bruno Dumontet, porte-parole d’Expédition MED. Une piste : utiliser les pelotes comme bioindicateurs dans les programmes de surveillance environnementale, à l’image des moules ou des algues.

Pourquoi c’est important ?

Sources citées

  1. The trapping of microplastics in the Posidonia oceanica aegagropiles (Frontiers in Marine Science, 2025).
  2. Posidonia oceanica egagropiles: Good indicators for plastic pollution (ScienceDirect, 2024).
  3. Posidonia seagrass traps marine plastics (Scientific Reports, 2021).
  4. Afeniforo et al. (2025) – Posidonia Oceanica Wrack Intercepts Plastic Debris (Malte).
  5. Menegoni Pietrelli (2026) – Étude sur l’impact des microplastiques sur les herbiers.
  6. Sanchez-Vidal et al. (2021), Lefebvre et al. (2021, 2023), Dahl et al. (2021).

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