Du Rhône à l’Ubaye : la pollution plastique des cours d’eau de la région SUD passée au filet !
Expédition MED publie les résultats de sa première étude comparative menée dans 17 milieux aquatiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur, entre le printemps et l’automne 2025.
On associe volontiers la pollution plastique à la mer. Pourtant, une grande partie des plastiques qui finissent en Méditerranée a d’abord transité par les eaux continentales. On estime qu’environ 80 % de la pollution plastique retrouvés dans les océans viendrait de la terre, dont une majorité transiterait par les fleuves, les rivières et les plans d’eau. Un chiffre à considérer avec prudence, car il s’agit d’une estimation, mais il précise l’enjeu : pour agir à la source, il faut mesurer ce qui circule en amont.

Avec le soutien de la Région SUD, Expédition MED a mis son savoir-faire de la mer, le filet Manta, au service des cours d’eau.
Le rapport scientifique « Les microplastiques du bassin versant », en présente les résultats.
Un filet Manta repensé pour la rivière
Depuis 2009, Expédition MED prélève les microplastiques de surface en Méditerranée avec un filet Manta (maille de 330 µm) tracté depuis le voilier Le Bonita. En rivière, ce dispositif n’est pas transposable tel quel : l’accès aux berges est difficile, le courant est variable et les débris végétaux colmatent vite le filet.

Conception de trois prototypes successifs :
- Prototype 1 : motorisé et télécommandé, trop lourd, trop encombrant et pas assez puissant face au courant.
- Prototype 2 : sans moteur, sur structure gonflable, avec un contre-filet.
- Prototype 3 : sur flotteurs rigides de type pare-battages, encore plus léger et compact.
Deux innovations ont été retenues. Le contre-filet retient les feuilles, branchages et algues avant qu’ils n’obstruent le filet principal. La bouche du Manta garde ses dimensions d’origine (25 × 60 cm) et porte un débitmètre qui mesure précisément le volume d’eau filtré.
Un protocole standardisé, deux saisons, 17 sites
Les prélèvements ont eu lieu à deux saisons, fin mars-avril puis de fin octobre à début novembre 2025. Ils couvrent des fleuves (Rhône, Arc, Argens, Huveaune, Siagne, Loup, Var), des rivières (Durance, Sorgue, Buëch, Verdon, Ubaye), des lacs (Serre-Ponçon, Sainte-Croix), l’étang de Berre et le canal du Rhône.

Pour chaque site, deux échantillons sont collectés : l’un en amont et l’autre en aval d’un « point stratégique », source potentielle de plastiques (déchèterie, station d’épuration, zone commerciale, industrie, agriculture sous plastique, etc.). Comme en mer, le filet est déployé 30 minutes, dans une zone de courant suffisant mais non turbulent. L’échantillon est ensuite tamisé à 200 µm et conservé dans l’éthanol.

Les analyses ont été confiées au laboratoire Qualyse. Elles comprennent une digestion de la matière organique (H₂O₂ à 30 %, 72 h à 50 °C), une séparation par densité à l’eau salée saturée, puis une identification des polymères par spectroscopie infrarouge, pour les particules de 180 à 1 500 µm. Un blanc est réalisé à chaque série pour contrôler les contaminations.
Ce que révèlent les résultats
Une pollution omniprésente mais très hétérogène. Les concentrations vont de 0 à 91 520 particules par m² selon les sites. 64 % des échantillons restent sous 100 particules par m², tandis que quelques sites très contaminés tirent les moyennes vers le haut. La moyenne globale est de 14,2 particules par m³, pour une médiane de 0,43.

Un net effet saisonnier. À l’automne, la concentration moyenne atteint 26,1 particules par m³, contre 2,2 au printemps, soit environ douze fois plus. Les médianes progressent aussi (de 0,26 à 0,60), ce qui montre que la hausse concerne l’ensemble des sites. Les pluies, le ruissellement et les crues automnales, qui remettent en suspension les particules déposées, sont les explications les plus plausibles. Le Rhône à Arles (en amont, 91 520 particules par m²), l’étang de Berre (7 828) et l’Ubaye (1 482) dominent à cette saison. La Sorgue présente les valeurs les plus élevées lorsqu’on additionne les deux saisons.

Les pluies, le ruissellement et les crues automnales, qui remettent en suspension les particules déposées, sont les explications les plus plausibles.
Le Rhône à Arles (en amont, 91 520 particules par m²), l’étang de Berre (7 828) et l’Ubaye (1 482) dominent à cette saison. La Sorgue présente les valeurs les plus élevées lorsqu’on additionne les deux saisons.
Un contraste amont-aval inattendu. Les concentrations sont en moyenne plus élevées en amont qu’en aval des points ciblés. Les sources identifiées ne sont donc pas toujours les contributrices dominantes. Les causes possibles sont une contamination diffuse déjà présente en amont, la dilution par les affluents, la sédimentation ou le piégeage dans les zones calmes. Chaque cours d’eau se comporte comme un système singulier.

Des particules de plus en plus petites. Au printemps, les classes de taille sont réparties de façon assez équilibrée. À l’automne, la fraction la plus fine (180 à 350 µm) représente 84 % des particules. Cela évoque une fragmentation avancée des débris et un transport préférentiel des particules les plus légères.
Une signature polymérique contrastée. Le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP), polymères des emballages et objets courants, dominent.

À l’automne, l’EVA (éthylène-acétate de vinyle) devient le premier polymère avec 29 % des particules.
Ce copolymère, utilisé dans les adhésifs, textiles, papiers spéciaux et films hydrosolubles, suggère des sources industrielles et urbaines variées. À l’aval de la quasi-totalité des sites, la diversité des polymères augmente.
Une pollution ponctuelle : les billes de Biostyr® de l’Ubaye
Sur les berges de l’Ubaye, près de son arrivée dans le lac de Serre-Ponçon, l’équipe a observé de nombreuses petites billes blanches à brunes, d’aspect proche du polystyrène expansé.

L’analyse au spectromètre Raman portable (MIRA XTR, Metrohm) les a identifiées comme du bromopolystyrène.
Elles correspondent vraisemblablement aux billes du procédé de filtration biologique Biostyr®, utilisé dans certaines stations d’épuration. La source la plus probable, d’après les contacts locaux, est la station intercommunale de Saint-Pons.Cette pollution est d’origine industrielle et ponctuelle, bien distincte des apports diffus liés aux emballages ménagers. D’autres « biomédias » plastiques de stations d’épuration ont été retrouvés par milliers sur les rives de Serre-Ponçon, parfois des années après les fuites initiales. Ces matériaux persistent et se remobilisent par érosion. Un suivi rigoureux de l’intégrité de ces procédés s’impose.
Microplastiques en fuites
Des rivières et lacs de la Région Sud, jusqu’à la Méditerranée : (lire l’article)
Expédition MED a réalisé une étude sur les moyens de surveillance émissions de microplastiques des bassins versants de la Région Sud, Provence Alpes Côte d’Azur, vers la Méditerranée.
La présence de microplastiques dans les fleuves, rivières et plans d’eaux est un phénomène peu connu, invisible, mais inquiétant.
Méthode de prélèvement :
Dans un premier temps, un contre-filet, une sorte de court premier filet muni de mailles plus larges (5 mm), a été ajouté. Celui-ci s’est avéré indispensable lors des prélèvements en rivière, car il permet de récupérer les plus gros débris de matière organique flottante (feuilles mortes, branchages, algues…), avant qu’ils ne viennent obstruer complètement le filet principal et son collecteur. Ensuite, par souci de portabilité et de praticité lors du déploiement, le cadre et les ailes en aluminium caractéristiques du filet Manta ont été remplacés par une structure plus légère et plus compacte. Les dimensions de la bouche du Manta sont quant à elles restées inchangées (25 × 60 cm). Un débitmètre, appareil permettant de calculer précisément le volume total filtré, a également été fixé au centre de la bouche du filet.
Les limites de l’étude
Les auteurs signalent une limite méthodologique. Avec une maille de 330 µm, les particules les plus fines, aujourd’hui reconnues comme majoritaires dans les eaux douces, ne sont pas toutes retenues. Les concentrations mesurées représentent donc très probablement une fraction seulement de la contamination réelle. Elles restent cohérentes avec la littérature récente, notamment la mission Tara Microplastiques sur les grands fleuves européens. Comparer des études suppose toujours de tenir compte des protocoles (maille, volume filtré, profondeur).
Et maintenant ?
L’étude fournit des données locales, reproductibles et comparables entre l’amont et l’aval, en deux saisons. Elle montre qu’il est possible de cartographier les points de fuite et les périodes à risque, du petit torrent de montagne à l’étang littoral. Les perspectives sont claires :
- renforcer la surveillance des cours d’eau les plus contributifs ;
- cibler les actions en amont (assainissement, ruissellement urbain, rejets industriels, zones de stockage de déchets) ;
- consolider un protocole régional harmonisé pour un suivi interannuel.
Ce travail rappelle que la réduction durable des microplastiques repose sur la connaissance, la coordination des acteurs et l’action à la source.
Le rapport complet avec les annexes sont téléchargeable à partir des liens ci-dessous :
- Expédition MED Rapport Micro-Plastiques du bassin versant de la Région SUD 2026
- Expédition MED Synthèse du rapport Micro-Plastiques du bassin versant de la Région SUD 2026
- Expédition MED Annexe 2 détails des sites MP du bassin versant de la Région SUD
- Expédition MED Annexe 3 détails des sites MP du bassin versant de la Région SUD

Expédition MED remercie la Région SUD, le laboratoire Qualyse, le SMADESEP, la LPO Écrins-Embrunais et l’ensemble des personnes ayant contribué à l’étude.